Accueil > Gregos > Margin Call

Margin Call

vendredi 20 mars 2015, par Grégory Joulin

JPEG - 63.1 ko

Peter Sullivan (Zachary Quinto) dans « Margin Call »

Film de Jeffrey C. Chandor
Année de sortie : 2011
Pays : États-Unis
Scénario : JC Chandor
Photographie : Frank G. De Marco
Montage : Pete Beaudreau
Musique : Nathan Larson
Avec : Kevin Spacey, Paul Bettany, Stanley Tucci, Demi Moore, Simon Baker, Jeremy Irons, Zachary Quinto, Penn Badgley...

Eric Dale : I run risk management... it just doesn’t seem like a natural place to start cutting.

Peter Sullivan : Look at these people. Wandering around with absolutely no idea what’s about to happen.

Sam Rogers : You are panicking.
John Tuld : If you’re first out the door, that’s not called panicking.

Porté par un casting de très haute volée, ce huis-clos étouffant au sommet d’un gratte-ciel évite bien des pièges – la pièce de théâtre de luxe d’abord, l’écueil didactique plombant ensuite – pour au final, en relatant la naissance d’une crise économique majeure, permettre au petit nouveau Jeffrey C. Chandor de réussir son osé pari : filmer le pouvoir.

Synopsis de Margin Call

New York, fin 2008, dans une grande société de courtage boursier. Viré comme un malpropre, le responsable de la gestion des risques Eric Dale (Stanley Tucci) a juste le temps de remettre à son protégé Peter Sullivan (Zachary Quinto), petit génie des mathématiques, une clé USB comportant des éléments sensibles pour l’entreprise. Loyalement, Sullivan se lance le soir même dans l’analyse des données de Dale et découvre bien vite que la quantité d’actifs toxiques détenue par la compagnie dépasse de très loin la somme de sa capitalisation boursière. Commence alors un marathon nocturne où toute la chaîne hiérarchique va se mettre en branle pour sauver la société, ce à n’importe quel prix...

JPEG - 115.3 ko

Sam Rogers (Kevin Spacey) dans « Margin Call »

Critique

Le monde de la finance est peu connu et difficilement intelligible pour l’ensemble des gens. Cela réunit toutes les conditions pour en faire un espace de fantasmes, encore amplifiés par la crise économique de fin 2008. Le jeune JC Chandor, briefé par son papa, lui-même financier, a sans doute eu accès à des informations de première bourre : l’ambiance étouffante et délétère des réunions nocturnes de Margin Call, son lot de réactions cyniques, de plus en plus implacables, des cadres dirigeants de la grande société de courtage, théâtre sombre et silencieux des évènements, respirent le vécu et sonnent vrai.

C’est un beau premier cadeau fait au spectateur : entrer dans un monde inconnu et, progressivement, en deviner certains codes, sans nécessairement dev7enir expert. La situation des pertes de la firme est pire que catastrophique : la pléiade magnifique d’acteurs le rend à merveille, sans didactisme outrancier, a minima. Le visage angoissé du chef de trading Will Emerson (Paul Bettany) appelant en pleine nuit son responsable Sam Rogers (Kevin Spacey) en dit plus long sur le cauchemar à venir que bien des explications techniques alourdissant le propos. Nos amis lecteurs ayant un peu étudié la dramaturgie le savent bien : au cinéma, la parole est un vecteur moins porteur que l’image, et l’image un vecteur moins porteur que l’action.

JPEG - 75.2 ko

Le chef de trading Will Emerson (Paul Bettany) dans « Margin Call »

Sous l’œil consterné de deux jeunes recrues aux profils ambivalents, reprenant sans doute fidèlement les attitudes communes aux traders (le petit génie Peter Sullivan et le naïf arrogant Seth Bregman [Penn Badgley]) démarre la grande comédie humaine des jeux de pouvoirs, comédie menant à une issue inéluctable depuis des siècles : sauver sa peau et trouver un coupable. Comme exprimé plus haut, la plupart des scènes atteignent une forme de réalisme documentaire parfaitement maîtrisé.

Lors d’une réunion de crise tardive, les membres d’un premier cercle de pouvoir commenceront à s’étriper à voix basse. Quelques heures plus tard, le Comité de Direction au complet et terrifié assistera à l’irruption glaçante du CEO et grand requin blanc John Tuld (Jeremy Irons, impérial en Nosferatu de la finance). Tuld s’amusera un temps en essayant d’humilier Sullivan mais finira par perdre la main devant la compétence immaculée du jeune analyste.

JPEG - 73.4 ko

Le CEO John Tuld (Jeremy Irons, impérial) dans « Margin Call »

A l’issue de la nuit, aux heures fragiles de l’aube, la fête est finie et la gueule de bois pointe son nez : des décisions radicales ont été prises et malheur à ceux qui mordront à l’hameçon empoisonné que les traders de l’équipe de Will Emerson et Sam Rogers vont bientôt leur tendre. Le marché s’en remettra avec peine, les faillites deviendront endémiques et des vagues de licenciements massifs reprendront. D’ici là, dans le gratte-ciel, les masques seront tombés : la chasse aux sorcières initiée par John Tuld sera sanglante, l’organigramme hiérarchique annihilé puis revu, tandis que Sam Rogers traînera sa mine défaite, davantage concerné par l’euthanasie prochaine de son chien que par le sort des employés de la boîte.

JPEG - 94.3 ko

Sarah Roberston (Demi Moore) dans « Margin Call » : la fête est finie

Quelles que soient nos opinions sur le système capitaliste et le monde de la finance dé-régulée dessinant pour beaucoup un horizon dangereusement dystopique, Margin Call, par ses enjeux dramatiques et la force de son propos maîtrisé, restera la première œuvre passionnante d’un tout jeune cinéaste sur une des périodes les plus troublées de notre histoire, et dont les échos funestes continuent de résonner presque dix ans après dans le monde entier. La vision du film peut être complétée par le très beau The Company Men (John Welles, 2010), avec Ben Affleck et Tommy Lee Jones, portrait sans fard du licenciement en masse de cadres dans l’industrie suite à la crise de 2008.

Un message, un commentaire ?

Qui êtes-vous ?
Votre message
  • Mots-clés : Texte
    Mots-clés : Auteurs
    Mots-clés : Illustration
  • Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.